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Desperados III : Shadows Tactics au pays des cow-boys

Il était une fois dans l'Ouest

14 ans, c'est le temps qu'il a fallu attendre pour revoir la licence Desperados re-pointer le bout de son nez. Entre temps, nos écrans ont gagnés quelques pixels de plus et le petit studio allemand de Mimimi, en charge de ce troisième opus, en a profité pour se tailler une petite réputation avec Shadow Tactics, Commandos-like aussi inattendu que réussi. Alors, la recette est-elle toujours aussi efficace ?

Et nous voilà donc de retour au pays des cow-boys, pour vivre cette fois une sorte d' « origin story » du héros principal, John Cooper (qui ressemble étrangement à un certain Arthur Morgan). Évidemment, notre héros ne sera pas seul dans sa quête de vengeance et croisera la route de nombreux alliés aux capacités et aux personnalités diverses lors de ses pérégrinations. La recette bien connue des Commandos-like est ici appliquée avec soin par les petites mains de Mimimi Games: chaque personne dispose de capacités qui lui sont propres, et il va falloir se casser la tête pour combiner au mieux chacune d'entre elles afin de trouver l'alchimie parfaite qui vous fera traverser le niveau sans vous faire repérer. On retrouve donc peu ou prou les archétypes déjà aperçus dans Shadow Tactics: le couteau-suisse assez agile pour s'infiltrer un peu partout en escaladant échelle et feuillages (Cooper), la grosse brute armée de ses pièges à loups et sa hache histoire de trancher quelques têtes de bandits, ou encore la belle assez habile pour charmer ces messieurs le temps qu'un autre leur glisse un couteau entre les cotes. On n'en dévoilera pas trop histoire de ne pas gâcher la surprise, mais certains personnages sortent vraiment du lot par leurs capacités pour le moins originales, même si il faut bien se l'avouer, un peu pétées sur certains niveaux (on pense notamment à la capacité de charmer à peu près tout ce qui ressemble à un mâle de cette chère Kate).

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Le système de pause active est également de retour, permettant de planifier des actions synchronisées entre nos différents personnages pour éliminer deux ou trois gardes simultanément. Lancez votre pièce avec Cooper histoire de distraire un ou deux gardes avides d'argent, pendant qu'Hector trucide leur voisin à la hache pour vous frayer un chemin en terre hostile. Mais ne comptez pas uniquement sur les atouts de vos personnages pour mener à bien votre mission. En effet, si une balle de 9mm dans la cervelle reste le moyen le plus efficace (mais pas le plus discret) d'éliminer un garde, le jeu nous incite sans cesse à user de stratagèmes plus astucieux, notamment en utilisant de nombreux éléments du décor (« oh tiens ce beau rocher, il serait si bien dans la tête des deux gardes en contrebas »). On retrouve presque un petit côté Hitman, à chercher régulièrement les moyens les plus efficaces / amusants de neutraliser les ennemis. Le jeu nous incite d'ailleurs à la recherche du speedrun ou du « run parfait » avec un système de défis pour chaque niveau (tuer tout le monde, ou personne, ne pas charger une seule partie, éliminer telle cible par tel moyen, etc...).

Si les objectifs de missions sont relativement variés, la structure des niveaux reste quasiment identique : il s'agira la plupart du temps de trouver le moyen le plus discret de se rendre vers le centre, avant de repartir en sens inverse pour s'exfiltrer. Là où ce Desperados III brille particulièrement, c'est dans la variété des décors traversés. Attaque de train, bayous, villes, ranchs: on a vraiment le sentiment d'être plongé dans un véritable western spaghetti. Malheureusement, cette ambition a un prix : une lisibilité pouvant se révéler problématique dans certains niveaux, du fait d'une palette de couleurs très variées et d'un grand nombre d'éléments affichés. On pense également aux intérieurs, bien modélisés mais souvent problématique niveau visions des angles (la sauvegarde rapide sera votre meilleure amie).

A ce titre, on est dans la plus pure tradition des Commandos-like, basée sur le die and retry. Quand bien même vous auriez planifié votre plan tel un mastermind, n'espérez pas qu'il se déroule sans accroc. Un garde oublié par ci, une fenêtre de vision un peu trop large, un timing un poil raté et tout votre plan savamment préparé s'écroule tel un château de cartes. Si tant est que l'on accepte cet état de fait, il faut dire que les développeurs ont pensé à tout pour limiter notre rage intérieure (on pense notamment au rappel de sauvegarde rapide qui s'affiche automatiquement en haut de l'écran après une minute passée sans sauvegarder). A moins de faire preuve d'une mauvaise foi légendaire (hum), difficile de prendre en défaut une interface léchée pour justifier un échec lamentable.

Mais là où ce Desperados III se démarque peut être le plus, c'est dans son ambiance particulièrement travaillée. Si Shadow Tactics avait marqué par l'originalité de son univers (Japon féodal), on a encore franchi un cap dans l'immersion avec ce titre. Dès le menu principal, le ton est donné, avec un thème bien percutant qui vous restera sûrement en tête. Par la suite, on aura droit à des séquences cinématiques entre chaque niveau, donnant une vraie épaisseur aux personnages. Pour la première fois depuis la série des Commandos, tous disposent d'ailleurs d'une personnalité assez forte pour que l'on s'y attache vraiment durant la petite trentaine d'heures nécessaire à boucler l'aventure. Les petits dialogues contextuels, parfois assez piquants, qui se déclenchent dans les niveaux viennent encore renforcer cette immersion. Comme quoi, nul besoin d'avoir un monde ouvert de 500 km2 pour proposer une réelle immersion (n'est-ce pas Rockstar ?).

Conclusion

Prenez la structure de Commandos, ajoutez-y une pincée de Shadow Tactics, des chapeaux de cow-boys et des santiags, secouez, et vous obtenez Desperados III. Simple mais efficace, c'est le premier mot qui nous vient quand on parcours ce troisième opus des aventures de John Cooper. C'est peut-être d'ailleurs là que le bat blesse : à vouloir appliquer la formule de manière quasi scolaire, Mimimi studio nous livre un titre un peu trop sage. Les vétérans des Commandos-like apprécieront comme un bon western de Clint que l'on savoure tous les quatre ans, là où d'autres resteront un poil sur leur faim. En attendant, on prend notre dose, et on espère que les petits gars de chez Mimimi se lâchent pour un quatrième opus qui, espérons-le, est déjà dans les tuyaux.

Points forts

  • Une bande son discrète mais percutante (mention spéciale au thème du menu principal)
  • Une interface léchée
  • Une vraie ambiance de western
  • Des mécaniques connues mais efficaces

Points faibles

  • Une caméra en intérieur qui peut être capricieuse
  • Une lisibilité parfois limite
  • Peu de réelles évolutions dans la recette



Dernière modification le 25/06/2020 à 09:45.

Desperados

Critique rédigée par JuloZ
Publié le 22/06/2020 à 23:37
Edité le 25/06/2020 à 09:45

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