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Gravity Rush 2

Chat plane pour moi ?

Si comme moi vous avez été assez fou pour vous procurer la PlayStation Vita à sa sortie, croyant que la console aurait un avenir radieux, alors vous n'êtes probablement pas passé à côté de Gravity Rush. Initialement développé pour la PlayStation 3 mais finalement sorti au lancement japonais de la PlayStation Vita en tant que jeu téléchargeable (il sortira finalement aussi en boîte en Europe), le titre de Japan Studio a très vite attiré l'attention grâce à son concept et son esthétique uniques. Il faut dire aussi qu'on n'avait encore jamais rien vu de tel: dans une ville céleste (Hekseville) construite autour d'un mystérieux pilier monumental (le pilier du monde), une jeune fille amnésique, Kat, découvre ses pouvoirs de manipulation de la gravité, utiles tant pour voler d'un bout à l'autre de la ville que pour donner des coups de talon redoutables que la belle mettra à profit face aux Névis, d'étranges monstres qui apparaissent en même temps que les anomalies gravitationnelles - un phénomène plutôt courant à Hekseville. Mais Gravity Rush, c'était aussi un univers fantastique inspiré par les oeuvres de Jean Giraud (alias Moebius) (avec une bonne dose de magical girl) où les rencontres improbables et les voyages aux confins de la réalité se succédaient à un rythme soutenu durant la petite dizaine d'heures sur laquelle le titre s'étalait. Seul défaut de fond majeur de ce premier numéro: une fin trop abrupte qui se contentait de boucler l'aventure sans donner de réponse aux nombreuses questions qu'elle soulevait. Inutile de préciser qu'une suite était attendue au tournant. Petit problème: Gravity Rush est sorti en 2012. Sa suite n'est sortie qu'en janvier 2017, soit presque 5 ans plus tard. Et ce n'est même pas sur PlayStation Vita que les aventures de Kat se poursuivent, puisque Gravity Rush 2 est devenu une exclusivité PlayStation 4 entre-temps. Est-ce que cette suite arrive à se faire pardonner la longue attente ? S'il fallait répondre en peu de mots: oui et non. Ça ne vous aide pas ? Lisez plutôt...

Marx attacks

MiniatureLes premières minutes de Gravity Rush 2 pourront surprendre ceux qui s'en sont tenus au final du premier épisode. En effet, on y contrôle un mineur qui descend sur les lieux de son travail à travers une faille dimensionnelle afin d'extraire un précieux minerai gravitationnel - bien évidemment, dans des conditions pénibles et dangereuses. Le danger ne se fait d'ailleurs pas attendre, puisqu'une tempête gravitationnelle surgit et contraint le mineur et son collègue à s'extirper de leurs combinaisons pour mieux s'enfuir. Ces mineurs n'étaient en fait nuls autres que Kat et son ami Syd (un ex-policier maintes fois croisé dans le premier épisode). Pris au piège d'une tempête entre le premier épisode et cette suite, les deux comparses ont échoué à Banga, un village de bateaux flottants aux conditions de vie difficiles et où le travail à la mine est essentiel à la survie de la communauté. Pire encore: Kat a été séparée de son chat cosmique Poussière, la privant (temporairement) de ses pouvoirs. Si vous êtes un peu perdus jusque-là, c'est normal: ce qui s'est produit entre la fin du premier épisode et cette introduction est seulement raconté dans un court animé (attention aux légers spoilers du trailer de fin) diffusé par Sony peu de temps avant la sortie de Gravity Rush 2. Ce procédé permet néanmoins à Gravity Rush 2 d'introduire assez rapidement un tout nouveau casting de personnages ainsi qu'une toute nouvelle ville: Jirga Para Lhao. Composée de multiples îlots flottants et organisée en plusieurs strates correspondant aux différentes classes sociales (des plus pauvres aux plus riches, sans oublier le gouvernement au sommet du tout), cette ville plonge d'entrée de jeu dans une ambiance très différente du premier épisode, en bien comme en mal.

MiniatureVous aviez toujours rêvé que Gravity Rush, ce jeu qui s'était distingué en 2012 par sa succession de situations défiant la logique, change de registre et se tourne vers la politique et la critique des inégalités ? Ça tombe bien: moi non plus. Bon, certes, la thématique est sur le fond intéressante (et d'actualité), et l'intention d'enrichir le contexte du jeu en introduisant des classes sociales et tout ce que cela implique en termes d'univers est louable. Le problème, c'est que Gravity Rush 2 n'est pas vraiment une réussite sur ce plan. D'une part, le jeu tend à forcer le trait pour chacune des classes, la palme du cliché revenant au Conseil, un gouvernement autoritaire à la légitimité douteuse et qui malmène sa population tantôt à grand renfort de taxes abusives, tantôt avec une milice répressive. D'autre part, cette première partie du récit a tendance à brûler les étapes là où il aurait justement besoin de développement. Certains éléments qui semblent pourtant essentiels à la justification du tout (par exemple, comment le Conseil est arrivé au pouvoir) sont soit à peine évoqués, soit expédiés. Difficile, dans ce contexte, d'apprécier pleinement le début du scénario, surtout quand il implique quelques phases de gameplay peu excitantes. En tout cas, peu de joueurs se passionneront pour la filature (à accomplir en minimisant la manipulation de la gravité...) du membre d'un gang dans les bas-fonds de Jirga Para Lhao quand on aimerait plutôt explorer les sites miniers mystérieux évoqués au début du jeu pour y vivre des péripéties dignes du premier épisode.

MiniatureMais pas de panique: Gravity Rush 2 finit par décoller, bien qu'il prenne son temps. Et sans en dire trop, Jirga Para Lhao (où se déroule l'entièreté du premier chapitre) ne sera pas le seul endroit que vous visiterez au cours des 4 chapitres qui articulent le récit, tandis que la seconde moitié du jeu offre son lot de moments forts, tant sur le plan du scénario que du gameplay. Mais c'est surtout le dernier chapitre qui comblera le plus les fans: en plus de résoudre de nombreuses questions laissés en suspens par le premier épisode, celui-ci offre de beaux moments de bravoure ainsi qu'un final tout simplement apocalyptique. Car si Gravity Rush 2 démarre de façon laborieuse, il se termine avec encore plus de panache que son prédécesseur dans ses grandes heures, évitant au passage de conclure sur un final laissant un arrière-goût d'inachevé. Si vous cherchiez un jeu où vous pourriez prendre part à des joutes aériennes entre super héros et autres entités surnaturelles, Gravity Rush 2 est sans doute un des meilleurs candidats en la matière sur PlayStation 4 à l'heure actuelle. Les meilleurs moments du jeu pourront d'ailleurs compter aussi sur une OST qui fait des étincelles entre deux musiques d'ambiance (les unes planantes, les autres plus enjouées), avec la même variété dans les instruments et les styles musicaux que le premier épisode.

MiniatureEn termes de durée de vie, Gravity Rush 2 surpasse également son prédécesseur: plutôt qu'une petite dizaine d'heures, la quête principale s'étale sur une durée d'un peu plus de 20 heures. Mieux: alors que le contenu annexe du premier Gravity Rush consistait essentiellement à accomplir quelques défis tournés vers le contre-la-montre ou la recherche du meilleur score, Gravity Rush 2 propose une cinquantaine de missions scénarisées en plus des défis hérités du premier épisode. Et il y a à boire et à manger: là où certaines missions introduisent plutôt des situations tantôt cocasses, tantôt touchantes, d'autres apportent un peu plus de consistance à l'univers du jeu en développant les personnages secondaires ou les non-dits du scénario. Bien sûr, certaines missions sont avant tout des prétextes pour introduire des nouvelles formes de défi ou pour mettre en pratique certains pouvoirs de Kat, mais on est loin du remplissage idiot qui vise à gonfler artificiellement la durée de vie. Les plus motivés pourront ainsi allègrement dépasser les 40, voire les 50 heures de jeu. Cerise sur le gâteau: un DLC gratuit centré sur Raven, la rivale de Kat devenue amie et alliée entre-temps, pourra prolonger le tout de quelques heures supplémentaires grâce à une histoire inédite. A parcourir en marge de l'histoire de Kat, ce scénario supplémentaire ne dure qu'une poignée d'heures et s'avère très linéaire en termes de gameplay, mais a le mérite d'offrir quelques moments de bravoure supplémentaires.

« Si vous cherchiez un jeu où vous pourriez prendre part à des joutes aériennes entre super héros et autres entités surnaturelles, Gravity Rush 2 est sans doute un des meilleurs candidats en la matière sur PlayStation 4. »

Des changements sans gravité

Si Gravity Rush 2 surpasse les attentes en matière de contenu, malgré un premier chapitre mal écrit, les évolutions de son gameplay risquent bien de laisser plus d'un joueur sur sa faim. Si vous avez retourné de fond en comble Gravity Rush sur PlayStation Vita ou sa version Remastered sur PlayStation 4, alors vous jouerez en terrain connu, puisque les contrôles et les bases du gameplay n'ont pratiquement pas changé. D'une simple pression sur R1, Kat peut entrer en impesanteur. Represser sur R1 après avoir visé avec un réticule permet à celle-ci de "tomber" dans cette direction, quelle qu'elle soit, jusqu'à épuisement d'une jauge ou à un retour sur une surface pratiquable à pied dans les conditions normales de gravité. Kat est également capable de saisir des personnes ou des objets dans un champ gravitationnel afin de les transporter ou de s'en servir comme de projectiles, et peut glisser (avec L2) sur n'importe quelle surface. En matière de contrôles, la DualShock 4 se substitue sans problème à la PlayStation Vita: comme sur la version de poche du premier épisode, la gyroscopie est largement mise à profit (notamment pour viser) tout en cohabitant avec des contrôles plus classiques qui tirent parti du double stick. Qui plus est, celle-ci est paramétrable: les allergiques au motion gaming pourront la désactiver et jouer seulement aux boutons, tandis que d'autres pourront accroître la sensibilité de la manette pour viser avec la gyroscopie avec plus d'aisance qu'avec les sticks.

MiniatureJusqu'ici, si vous avez peu ou pas joué à Gravity Rush premier du nom ou n'en avez gardé qu'un souvenir vague, on pourrait penser qu'il n'y a pas de problème: après tout, comme le veut la sagesse populaire, on ne change pas une équipe qui gagne. Les sensations de vol font toujours mouche et se marient à merveille avec un terrain de jeu volumineux que l'on peut explorer à loisir entre chaque mission. Seulement voilà: Gravity Rush n'était guère un exemple à suivre en termes de précision des contrôles en combat. La non-instantanéité des coups de pied gravitationnels, votre principale attaque une fois en l'air, et les problèmes de caméra survenant lorsqu'on est trop proche d'un bâtiment ou d'un ennemi ont la fâcheuse tendance à rendre les joutes aériennes flottantes (donc peu dynamiques), pas toujours précises et pas toujours lisibles. En 2012, on avait tendance à se dire qu'il s'agissait là d'erreurs de jeunesse, et qu'une suite aurait tôt fait de rectifier le tir. Que nenni, puisque Gravity Rush 2 ne remet à aucun moment en question le gameplay de son aîné, quand bien même 5 années les séparent ! Plutôt que de re-travailler cet aspect, Gravity Rush 2 cherche plutôt à faire des ajouts pour enrichir ce gameplay. Cela se traduit entre autres par l'apparition de deux styles de gravité qui se débloqueront en cours de jeu et qui complètent le style de jeu classique. En style lunaire, Kat est moins affectée par la gravité normale et peut réaliser des sauts gigantesques (vers l'avant ou vers le haut), notamment en rebondissant sur les murs, ce qui facilite considérablement les déplacements sans avoir à inverser la gravité. En contrepartie, les chutes sont plus lentes et ont donc tendance à ralentir Kat lorsqu'elle "vole" en inversant la gravité. A contrario, le style Jupiter accroît les effets de la gravité habituelle pour augmenter la puissance des coups de poing et de pied ainsi que de déclencher de nouvelles attaques surpuissantes en inversion de gravité. Si l'usage du style Jupiter est très circonstanciel, le style lunaire pourra faire le bonheur des amoureux des jeux de plates-formes, celui-ci permettant de sauter d'une île (ou d'un bâtiment) à l'autre avec une facilité déconcertante.

MiniatureSans doute inspiré par la popularité des (Action-)RPGs, Gravity Rush 2 complète également la gestion des pouvoirs de Kat. Auparavant limitée à un leveling simplifié et à l'utilisation de gemmes précieuses pour renforcer ses capacités, celle-ci permet à présenter d'équiper en plus jusqu'à 3 talismans (dont l'aspect rappelle étrangement les gemmes de sang de Bloodborne) qui fournissent des bonus divers comme une augmentation des dégâts du coup de pied gravitationnel, une consommation moins forte de la jauge de gravité, un buff des dégâts d'une attaque spéciale, etc. Sur le papier, l'idée semble bonne. Dans la pratique, comme les combats de Gravity Rush 2 ne sont ni techniques ni difficiles, le joueur prêtera assez peu d'attention à cet aspect du jeu, d'autant que les méthodes pour obtenir ces talismans ne sont guère passionnantes: il faut soit jouer à la chasse au trésor dans les villes (en utilisant les photos envoyées par d'autres joueurs via Internet, un service qui prendra fin cet été), soit fusionner les talismans déjà acquis auprès d'un PNJ, soit re-visiter les mines explorées au début du jeu et casser du minerai à répétition, rapportant quelques gemmes précieuses au passage. Non seulement la tâche n'est pas intéressante, mais elle s'avère aussi peu rentable quant à la collecte de gemmes précieuses, au point que rejouer certaines missions après la (vraie) fin du jeu rapportera des gemmes plus rapidement. Un peu comme si l'intention des développeurs n'était pas d'enrichir le gameplay, mais plutôt d'insister sur le fait que le métier de mineur dans l'univers de Gravity Rush (et probablement pas que) est chiant comme la pluie. Occasionnellement, on pourra toutefois découvrir au sein des mines des failles pour s'introduire dans une sorte de donjon aléatoire (la fosse de Delvool) où les Névis se feront plus nombreux et/ou plus dangereux, tandis que les talismans obtenus seront de plus en plus puissants.

MiniatureEn prenant un peu de recul, on s'aperçoit que Gravity Rush 2 a tout de la suite directe, celle qui sort au plus tard 2 ans après le premier épisode: c'est un jeu plus grand, plus long et qui cherche avant tout à compléter la formule initiale plutôt que de la remettre en question. Le manque de succès commercial du premier épisode ainsi que de la PlayStation Vita ne sont probablement pas étrangers au passage du jeu sur PlayStation 4 et son développement allongé pour se conformer aux exigences graphiques du support. Quelque part, ce portage forcé est un heureux contre-temps: non seulement Gravity Rush 2 déborde de contenu, mais il est aussi visuellement magnifique, bien que cela soit dû essentiellement à sa direction artistique. La réalisation n'en demeure pas moins solide et propose des décors nettement plus riches en couleurs et en détails que ce qu'on avait pu voir sur PlayStation Vita. Les possesseurs d'une PlayStation 4 Pro pourront en prime profiter d'un framerate quasiment constant, quoique toujours limité à 30 images/seconde. On en oublierait presque un autre défaut du premier épisode conservé dans cette suite: les PNJs des villes copiés/collés et dont les interactions se limitent à la possibilité de les taquiner avec l'inversion de gravité, malgré l'insertion d'une poignée de dialogues entre chaque mission principale pour mieux développer l'univers du jeu. Pourtant, si vous avez apprécié le premier épisode, la magie finit toujours pas reprendre le dessus. Voler à travers les villes et leurs différents quartiers en manipulant la gravité s'avère toujours aussi grisant, d'autant plus quand on peut admirer les efforts pour varier les architectures et donner un aspect animé à la vie citadine, quand bien même les interactions sont limitées. Gravity Rush 2 a beau débouler tardivement et en ayant fait fi d'une bonne partie des reproches que l'on pouvait faire à son prédécesseur, il n'en demeure pas moins un jeu au moins aussi plaisant que son aîné, la générosité en plus.

Conclusion

Le grand tort de Gravity Rush 2, au fond, c'est d'être sorti aussi longtemps après le premier épisode. Conservant toutes les qualités mais aussi tous les défauts du gameplay d'origine (dont des combats brouillons), cette suite propose avant tout une aventure plus longue et plus riche, à laquelle s'ajoute une quantité très généreuse de missions annexes (souvent réussies) et quelques ajouts de gameplay plus ou moins pertinents. Et si cette nouvelle aventure démarre de façon maladroite et poussive, elle a le mérite de gagner en intensité tout au long du jeu pour déboucher sur un final épique et qui laisse juste assez de portes ouvertes pour un éventuel troisième épisode. A défaut d'être un indispensable de la PlayStation 4, Gravity Rush 2 a donc plus d'un tour dans son sac pour envoûter à nouveau les joueurs conquis par le premier épisode. Les autres pourront en revanche passer leur chemin, bien qu'il demeure un jeu unique, tant pour son concept que pour sa direction artistique et ses décors enchanteurs.

Points forts

  • Une direction artistique et un univers toujours aussi enchanteurs
  • Des contrôles toujours aussi grisants
  • Généreux en contenu
  • Un derniers tiers intense
  • Les fulgurances de l'OST
  • L'humour omniprésent

Points faibles

  • Les mêmes problèmes de gameplay que le premier
  • Un premier chapitre mal fichu et manquant de folie
  • Les mines, sans intérêt
  • Des tutoriels partout

Conditions de test: cette critique a été rédigée après environ 60 heures de jeu sur PlayStation 4 Pro.

Gravity Rush 2

Critique rédigée par JefGrailet
Publié le 18/06/2018 à 10:43

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